C’est bientôt les vacances scolaires, et le temps des fêtes pré-vacances dans l’université japonaise où je travaille. L’autre soir, les élèves participant au club d’anglais se sont réunies pour une goodbye party sous forme de potluck (= chacun apporte un petit quelque chose à manger). Comme toujours, il y avait beaucoup trop de nourriture, mais personne ne s’en est soucié et on s’est régalés ! Pour vous donner une idée de ce à quoi ressemble un potluck japonais, voici quelques aperçus :
Le gigantesque plateau de sushi, un grand classique, et ma salade de pâtes penne – tomates cerises – parmesan – thon – vinaigrette à la moutarde à l’ancienne et persil. Elle a eu un grand succès, les Japonais ne connaissant pas les salades de chez nous. Pour eux, une salade, c’est forcément plein de mayonnaise et en purée, comme pour la potata salada.
Pop corn au basilic apporté par un prof américain, et une des inombrables assiettes de sandwiches à la japonaise fabriqués par la team ci-dessous :
Les sandwiches japonais ont la particularité d’être sans croûte et pleins de mayonnaise. Le plus classique est le sandwich à l’oeuf, avec de la laitue et des oeufs durs écrasés… à la mayonnaise !
A gauche, il ne s’agit pas de gougères mais de pain frit, un étouffe-chrétien made in Okinawa. Et à droite, des chocolats au kimchi – le kimchi étant une spécialité coréenne à base de légumes très pimentés, ça arrache ! J’ai goûté un chocolat au piment vert, et je dois dire qu’on oublie vite le goût du chocolat… Mais il fallait tenter l’expérience !
Et voici pour finir le clou du spectacle : des gâteaux au macha qui pourraient bien rivaliser avec mon gâteau martien. Le premier est un quatre quart tout simple, et le deuxième un délicieux gâteau roulé fourré d’une crème divine et agrémenté de haricots azuki et d’un morceau de marron glacé au milieu. Même après un tel buffet, j’en aurais repris deux fois s’il n’avait pas disparu aussi vite !
Aujourd’hui j’ai craqué sur deux beaux livres de cuisine japonais :
« Les bonnes recettes au lait de soja »
J’ai aimé les photos et le côté esthétique de ce livre. Et bien sûr les recettes, que je compte bien réaliser (même si j’ai une fâcheuse tendance à acheter plus de livres que je ne fais de recettes !) : noix de saint-jacques rôties au lait de soja, tofu et crevettes sauce chili et lait de soja, glace au lait de soja…
« Les desserts à l’agar-agar »
Il se passe un truc en ce moment au Japon avec l’agar-agar : on n’en trouve plus ! En effet, la semaine dernière, sur la chaîne nationale NHK, un show TV entièrement dédié à l’agar-agar a vanté ses mérites dans le cadre d’un régime amincissant : riche en fibres, pauvre en calories, permettant de réaliser des desserts beaux et peu caloriques… Résultat : en une journée, tous les supermarchés du Japon envahis et le rayon agar-agar dévalisé ! Lorsque je suis arrivée, il était trop tard : une petite pancarte annonçait que le réapprovisionnement serait très long. Moi qui avais promis à Cris de lui envoyer de l’agar-agar par kilos en Chine, moi voilà bien !
Bref, dans la foulée sont sortis des dizaines de livres de cuisine dédiés à l’agar-agar, que j’ai trouvé vraiment très jolis et originaux. Comme les recettes du livre précédent, celles-ci sont réalisables en France tout en étant d’inspiration japonaise, ce qui est appréciable. Voici un petit aperçu pour finir : flan à la mangue, fondant aux haricots rouges, mousse aux pêches, charlotte aux poires, fondant de patate douce…
Et Cris, je ne désespère pas, je trouverai bien un moyen de t’envoyer de l’agar-agar !
Il y a quelques temps, je vous parlais des aliments santé des Japonaises, parmi lesquels le vinaigre de pomme (ringo su). A l’époque je trouvais ça vraiment très bizarre de faire une telle folie du vinaigre. Mais depuis, j’ai vu apparaître dans les rayons des supermarchés tout plein de nouvelles boissons à base de vinaigre de pomme, et je me suis dit qu’il fallait tester.
Me voilà donc avec mon petit pack de 200ml de « oishii ringo su drink » (« la bonne boisson au vinaigre de pomme », comme ça on est sûr de pas se tromper), prête à vous dire en direct ce que ça donne !
Mais d’abord, un petit tour sur l’étiquette, pour savoir ce que je m’apprête à goûter : Extrait de jus de raisin, vinaigre de pomme, jus de pomme, alcool de riz, miel, asparthame… et autres choses inidentifiables. Le tout pour 42kcal.
Bon allez, il faut en avoir le coeur net, je goûte ! Slurrrrp (bruit de la bonne boisson au vinaigre dans la paille).
Gloups (bruit de Clea qui avale).
Ouh la la !
J’ai les larmes aux yeux ! Ca, pour être aigre, c’est aigre… Quelle idée de boire un truc pareil ! J’ai la gorge en feu et les yeux qui pleurent, mais je finis ma bonne boisson au vinaigre de pomme, parce que faut pas gâcher. On sent bien le goût de la pomme, moins celui du miel, mais surtout , vous l’avez deviné, celui du vinaigre !
En tout cas, les Japonais en sont fans.
Mais pour ma part je voudrais bien qu’on m’explique pourquoi un truc qui arrache autant la gorge (et l’estomac) au passage est bon pour la santé. Vous savez ?
Aujourd’hui j’ai décidé de vous présenter quelques « pains » japonais. On les appelle ici « pan » (une jolie déformation du Français), même s’ils ont la plupart du temps une bonne tête de gâteau. Mais passons aux présentations :
Il s’agit certainement du « pain » japonais le plus répandu. On peut l’acheter dans les rues (des boulangeries spécialisées ne vendent que ça) comme dans les combini. L’intérieur est très moelleux, tandis que la croûte, quand elle est bien réussie, est craquante comme un cookie. Le melon pan contient normalement de l’essence ou du jus de melon, mais il arrive que cela soit remplacé par du citron, sans changer son appellation pour autant… En vérité, à part pour les très bons pains melons, on sent rarement le goût du fruit. Il s’agit plutot d’une brioche ronde et dorée, craquante et moelleuse. Recette ici (désolée, c’est en Japonais ).
Voici ensuite le goma pan.
Goma signifiant « sésame blond », vous avez donc compris qu’il s’agissait d’un pain au sésame. Contrairement au melon pan, celui-ci n’est pas très répandu, puisqu’il s’agit d’une spécialité de la ville de Nagasaki. En apparence, on dirait un bête petit pain couvert de graines de sésame, comme le pain à hamburger. Mais voyons ce qu’il en est à l’intérieur !
Surprise, il est creux ! Et sucré, puisqu’il est recouvert en son profond intérieur d’une couche de miel brun. Voilà encore un pain qui ne risque pas d’accompagner le repas, il est tres sucré et constitue un dessert à lui tout seul.
Au suivant !
Voici le yomogi pan
Ces jolies petites boules sont réalisées à base de pâte à pain à laquelle on a ajouté du yomogi, une herbe servant à confectionner les desserts japonais. A l’intérieur, on trouve de l’anko, pâte de haricots rouges qui rend ce « pain » très sucré. J’essayerais bien d’en confectionner sans cette pâte, car le goût du pain aux herbes très légèrement sucré me plaît bien.
Le shoku pan est un bête pain de mie, qui fait malheureusement office de pain quotidien : ici point de baguette ni de bon pain dans les supermarchés. Comme son nom l’indique, le pain « shoku » (« repas ») est celui qui remplace souvent le riz blanc sur la table. Pour mon plus grand désespoir : d’abord parce qu’il n’est pas bon, et ensuite parce que c’est tout sauf du pain, vue la quantité de sucre et d’huile qu’il contient. Il y a quelques semaines, je me suis apercue avec horreur que celui que je consommais, pas mauvais au goût, contenait près de 6 grammes de graisses par tranche, l’équivalent d’une tartine généreusement beurrée ! Depuis, je vérifie donc la quantité de graisses sur les paquets que j’achète, et j’arrive à en trouver autour de 2,8 grammes. C’est toujours pas la panacée mais c’est moins pire ! Avec ça, on comprend que je me sois lancée dans la fabrication de pain maison, même sans four…
Le meilleur pour la faim : Totoro pan
Le jour où j’ai vu ce pain Totoro dans la vitrine, je n’ai pas pu m’empêcher de craquer : il est trop mignon et trop ressemblant, ce petit Totoro ! Pour celles et ceux qui ne connaissent pas le film « Mon voisin Totoro », réalisé par le génialissime Hayao Miyazaki, une petite visite par ici s’impose.
Le merchandising Totoro est extrêmement développé au Japon : comme avec notre amie Hello Kitty, Totoro vous permet de remeubler votre maison et de vous rééquiper en électroménager et en accessoires (réveil, montre, sac à main…). Et on peut même le manger ! Voyons un peu…
Eh oui, j’ai osé, j’ai découpé le Totoro ! Pour découvrir qu’il s’agit tout bêtement d’un kurimu pan,une déformation de l’anglais cream, pour désigner une brioche fourrée à la crème pâtissière. Avec le pain melon et la brioche fourrée à la pâte de haricots rouges, le kurimu pan est le troisième « pain » chouchou des Japonais. Pour moi qui le trouve habituellement écoeurant, je dois dire que j’ai bien aimé ce pain Totoro, il était doux sans être trop sucré ni trop gras.
Forcément, un Totoro, ça ne peut pas être foncièrement mauvais !
Aujourd’hui je vais vous présenter une autre institution japonaise : les combini.
Le mot est une abréviation de l’américain « convenience store », que l’on pourrait (mal) traduire en français par « magasin de commodité ». Les combini sont légion au Japon : parfois quasiment côte à côte, bien souvent face à face, les différentes chaînes de combini sont omniprésentes.
On trouve de tout dans un combini : nourriture, produits de beauté,magazines, papeterie, pansements, et j’en passe bien entendu. Ils sont ouverts 24h/24, et donc bien pratiques si on a une fringale nocturne et que le supermarché est fermé (c’est-à -dire après minuit). Sur la photo, vous pouvez voir ma chaîne préferée, le Family mart, dont j’aime bien les couleurs bleu, vert et blanc, autrement moins agressives que le rouge et le jaune des Seven Eleven ou des Daily Yamazaki.
Outre la marchandise, les combini proposent toute une série de services : envoyer du courrier, payer ses factures, faire livrer un paquet, retirer de l’argent avec sa carte de crédit… Si vous êtes perdu au Japon, vous pourrez toujours trouver un combini et vous faire guider. Les vendeurs de ces magasins m’ont tirée de situations qui semblaient pourtant inextricables !
Mais revenons-en à nos sushis. Car vous me direz, c’est bien gentil, mais que mange-t-on dans ces combini ?
En gros, un peu de tout, pour pas cher (à peine plus que dans les supermarchés), à commencer par des bento, des boites repas contenant toujours du riz, accompagné d’une garniture (souvent de la friture et de la viande). Pour faire plus diététique, on peut se rabattre sur une boite de sushis (comme sur la photo). Elles sont toujours décorées avec de fausses feuilles vertes en plastique (ils ont bien raison de mettre l’accent sur la présentation, ça fait oublier que ce n’est pas de la haute gastronomie !). Mais on y trouve également toutes sortes de pains (je vais très bientôt vous montrer à quoi ressemblent les « pains » japonais), des plats de pâtes et des soupes aux nouilles instantanées, des yaourts en pagaille, toutes sortes de boissons (y compris de l’alcool) et de produits chocolatés ou sucrés. Bien sûr, on vous réchauffe tout sur place et on vous fournit les baguettes, et vous n’avez plus qu’à trouver un banc pour vous poser et déguster. Les combini sont donc une des meilleures facons de se nourrir si on veut voyager pas cher au Japon. Pour se distinguer les uns des autres, ils font fabriquer des spécialités sous forme de bento inédits, lancent des campagnes hebdomadaires permettant de gagner des cadeaux, ou de goûter exceptionnellement à telle sorte de pain ou de crème glacée.J’ai donc pris la mauvaise habitude de ne plus planifier, et de me rendre au combini si jamais j’avais oublié quelque chose. C’est peut-être ça qui rend les Japonais aussi insouciants : la possibilite de se rendre à n’importe quelle heure dans un combini s’ils ont besoin de quelque chose. Il va falloir que je m’applique à perdre cette habitude d’ici à mon retour en France, où je ne trouverai plus de pain dans ma boulangerie après 17h et porte close au supermarché apres 20h… Mais tout est question d’organisation !
Que se passe-t-il quand sept mamies japonaises débarquent dans votre cuisine pour y préparer des bugnes ? Réponse : une tornade ! Les sept « mamies » en question (elles ne sont pas si âgées que ça, mais au Japon on les appelle des obachan, des mamies) participent chaque lundi à un « club de Français » que j’anime, et me réclâment régulièrement de faire de la cuisine française. La dernière fois, on a fait des roses des sables, mais cette fois-ci on avait décidé de faire des bugnes.
Vous me direz : « des bugnes par cette chaleur, mais ça va pas non ?! », et vous aurez bien raison. Mais allez trouver une idée de dessert français qui ne nécessite pas de four (exit les tartes et les gâteaux), qui soit quand même un peu évolué (sayonara la salade de fruits), et pas non plus archi-connu au Japon (comme les crêpes), et vous verrez qu’il ne reste pas grand-chose. J’ai fait quelques propositions à mes mamies, et c’est les bugnes qu’elles ont choisi à l’unanimité moins une voix. Va donc pour les bugnes par 30° !
Il était convenu que les mamies débarquent chez moi à 10h30 avec chacune quelque chose à manger (comme dans une rencontre Marmiton !). J’avais déjà préparé la pâte à bugnes, et et celles-ci ne furent pas longues à préparer vue l’efficacité des mamies, qui avaient déjà toutes enfilé leur tablier une demi-seconde après avoir passé la porte.On put donc rapidement se mettre à table (table dressée en 5 secondes par les mamies, décidément plus rapides que moi). Et voilà ce qu’elles nous avaient apporté :
(Vous aurez au passage remarqué ma superbe nappe Hello Kitty)
Dans les assiettes noires carrées, vous pouvez voir du riz à sushi (avec omelette en lanières, et saumon grillé, plus une feuille de je sais pas vraiment quoi). Dans les assiettes en carton à carreaux verts et blancs, la « chose grise » c’est du tofu au sésame fait maison, à base d’arrowroot. On le déguste avec de la sauce de soja, c’est un peu gluant, mais c’est bon ! Dans le grand saladier en haut, il s’agit de salade aux algues et aux pâtes de riz, avec carottes et concombres, très rafraîchissante. Et enfin, le tupperware à droite contient une salade de tofu avec konnyaku (un jour il faudra que je fasse un billet là -dessus, mais sâchez pour l’instant que c’est une sorte de pâte comme le tofu, mais à base d’une sorte de pomme de terre), cottage cheese, champignons shiitake, carottes, épinards, citron vert… J’ai adoré. Et voilà la table des desserts :
Outre les bugnes, bonnes mais un peu trop sèches à mon goût, nous avons eu droit à de la panna cotta à la confiture de myrtilles, à des mizu manju (le gâteau violet entouré d’une feuille verte que vous apercevez au tout premier plan, confectionné à base d’arrowroot, comme celui-ci), et à des noisettes au chocolat de chez Maxim’s (une des mamies étant juste de retour de Paris).Nous nous sommes bien régalés, et les mamies sont reparties aussi vite qu’elles étaient arrivées et avec tout autant de panache, non sans avoir au préalable fait la vaisselle, tout rangé et emporté la poubelle ! Je vous le dis : si vous n’en avez pas, il faut adopter une mamie japonaise !
Aujourd’hui je vais vous présenter un de mes restaus favoris au Japon : « Les raisins des champs », à Fukuoka. Pour le trouver, il faut monter au treizième étage d’un immense building qui regroupe des boutiques de mode, des associations, des magasins de voiture, de robes de mariées… et des restaurants. C’est surprenant au début, mais c’est souvent comme ça : au Japon il faut lever la tête pour voir les restaurants intéressants ! (et les coiffeurs aussi, mais ça n’a rien à voir !)
Celui-ci est un restaurant biologique, avec un buffet libre service à volonté pour moins de 15 euros par personne. Ambiance cabane, lumières douces (d’où la mauvaise qualité des photos – on n’y voyait pas grand-chose !), et fréquentation ultra féminine pour ce restau 100% santé.
On y est allés en amoureux, à 11h du matin un dimanche, et on a bien fait : il y avait déjà la queue ! Or, comme à chaque fois qu’il faut attendre pour manger, au Japon, c’est très bon signe : c’est en général synonyme de bon rapport qualité – prix !
Qu’est-ce qu’on y mange, me demandez-vous ?
Des dizaines de plats cuisinés avec soin, des aliments parfois surprenants, mais toujours « gentils pour le corps » (expression chérie des Japonais en manque de saveurs vraies et des goûts de leur enfance). La cuisine est réalisée à partir de produits connus pour leurs bienfaits sur notre santé, avec les stars : sésame noir, vinaigre noir, soja, carotène, chou, et haricots noirs. Le restaurant n’est pas végétarien, mais on y trouve surtout des salades, des plats principaux de type « classiques revisités » (lasagnes aux légumes, yakisoba aux 5 parfums, boulettes de viande au fromage…), et toutes sortes de riz complets ou sauvages. Ajoutez à cela des thés pleins de goût et des jus 100% fruits bio, et c’est le paradis pour Clea… Sans oublier les desserts : des yaourts, des fruits, des flans au tofu et au sésame noir et des gâteaux chiffons de toutes sortes (thé, fruits, chocolat)… Que demander de plus ?
Voici mon assiette d’entrées (en partant du milieu en haut et dans le sens des aiguilles d’une montre)
salade de riz aux fruits de mer et aux olives
ratatouille froide et croûton
objet non identifié (peut-être du pain frit au sésame noir) nattô en salade de légumes au sésame blond
salade d’algues, champignons et radis
oden (légumes bouillis)
salade de pois varies (haricots blancs, noirs, soja…)
salade tofu épinards
et au milieu : salade de poulet au sésame et salade de riz au nattô
Après une telle assiette je n’avais plus vraiment faim, et surtout je voulais garder de la place pour les desserts, donc je me suis contentée de goûter une petite cuillerée de chaque plat : lasagnes fondantes aux légumes, velouté de champignons, tempura de légumes, poulet en sauce blanche avec des pommes de terre….On aurait dit une rencontre marmiton, avec cette avalanche de plats et de saveurs, qui fait qu’on ne sait plus ou donner de la baguette ! Et voici pour finir mon assiette dessert, accompagnée d’un thé au biwa (nèfle japonais, un fruit à mi-chemin entre la mandarine, le kiwi et l’abricot pour le look !)
gâteaux : au thé, aux pépites de chocolat, et aux fruits rouges
yaourt au soja
puddings au tofu et au sésame noir
Ces petits puddings m’ont d’ailleurs tellement plu que dès le lendemain j’ai tenté de les refaire à la maison. Suite au prochain post !
Ah ! Les vertes prairies japonaises, le bon air pur qui s’engouffre par la fenêtre de la voiture ouverte et le vent qui décoiffe… Quel bonheur de se retrouver un peu à la montagne !
Pour une Savoyarde comme moi, c’est un rituel vivifiant et quasi-sacré que de me rendre en montagne pour respirer un peu d’air pur et me promener.
En revanche, ce que j’ai appris ici, c’est que la montagne nippone est bien différente de celle de Savoie, et que j’allais devoir m’y habituer. En effet, les montagnes au Japon sont équipées : des bus vous emmènent presque jusqu’au sommet, il y a des parkings, des toilettes et des magasins de souvenirs. On s’habitue à tout, me direz-vous. Certes.Ce samedi-là , c’est une amie japonaise qui nous avait proposé, à Ludo et moi, d’aller « visiter une ferme dans la montagne ».
En quelques instants, j’avais accepté, enfilé mes chaussures de rando et mon sac-a-dos, prête à aller voir les vaches et priant pour que le fermier ait du bon fromage (denrée si rare sur notre île…) !
Quelle ne fut pas ma stupéfaction en arrivant à ladite « ferme ».
Un employé en costume nous attendait à l’entrée pour nous guider sur le parking et nous donner des prospectus. A peine descendus de la voiture, la petite musique du tyrolien retentit à nos oreilles : « troulalaiouiou », très « Heidi, le retour ». Et devant la « ferme », en guise de vaches, un troupeau de Japonais en train de manger de la crème glacee à la petite cuillère.
C’était la ferme la plus propre que j’aie jamais vue. Il faut dire que les animaux, peu nombreux, étaient parqués dans de jolis enclos à une bonne centaine de mètres de la « ferme », elle-même composée de plusieurs restaurants et magasins.
Bref, rien à voir avec l’idée que je me faisais d’une ferme (des vaches, des poules, du lait cru et du fromage qui sent très fort). Celle-ci était complètement asseptisée, d’une propreté immaculée, et sa production quasi industrielle, sans aucun charme. Voyez plutôt :
Puisqu’on est dans une ferme, la plupart des produits se doivent d’être à base de lait de vache. Le plus populaire, après la crème glacée (les Japonais sont fondus de crème glacée), c’est le cheese cake. Version choco ou nature.
Viennent ensuite les biscuits de toutes sortes, les cakes, les gâteaux, et bien sur le fromage. Là , par contre, en lisant l’étiquette, je me suis aperçue qu’il venait d’Hokkaido. Pas vraiment la porte à côté… Enfin bref.
Ci-dessus : des mochi (gâteaux de riz gluant) au chocolat blanc et au chocolat noir. Pas mauvais, mais je trouve que ca fait pas vraiment produit de la ferme ! Enfin, il faut vraiment que je me fasse à l’idée : le concept de « ferme » n’est pas le
meme en France et au Japon. Il va falloir que j’imprime !La visite de la « ferme » achevée (sans aucun achat), notre amie japonaise nous guida ensuite quelques centaines de mètres plus loin, avec des étoiles dans les yeux et un sourire malicieux, qui disaient : « sofuto kurimu » (déformation de l’anglais « soft cream »). Allez savoir pourquoi, les Japonais A-DO-RENT la crème glacée au lait. Ils la déclinent à tous les parfums : aux fleurs (la tulipe a vraiment la cote), au sesame, au citron vert (spécialité locale), etc. Si bien que dès que vous vous rendez dans un lieu un peu reculé, pour voir des cascades ou vous promener en montagne, vous pouvez être certain de tomber sur un stand de sofuto kurimu en chemin.
Ce jour-la, notre amie avait envie de nous faire goûter cette glace :
Sa couleur orangée vous évoque quelque chose ? C’était une glace au lait et à la carotte.
La vendeuse nous vanta tous les mérites du carotène, et nous décidâmes d’en faire notre repas de midi. Ma foi, elle n’était pas mauvaise du tout, pas trop sucrée ni écoeurante. Ca m’a un peu consolée de ma déconfiture à la « ferme »…Du coup je suis repartie avec un paquet de cookies à la myrtilles à offrir à des amies :
Et avec ces petites choses très bizarres :
A votre avis, qu’est-ce que ça peut bien être ?
Un indice : c’est salé et c’est on ne peut plus japonais.
Je vous laisse chercher !
En mars dernier est paru dans l’hebdomadaire Courrier International un article très intéressant concernant la nouvelle Loi d’orientation de « l’éducation alimentaire » japonaise (shokuiku). Cette proposition de loi, qui propose d’ »éduquer les citoyens pour les rendre capables d’adopter des pratiques alimentaires saines », fait actuellement débat. »L’alimentation est la base de la vie. Nous vivons dans une societe où cette évidence est de moins en moins respectée », déplore le Parti Liberal-Democrate (PLD) au pouvoir. « Le but de la loi est de provoquer une prise de conscience révolutionnaire ». Rien que ça ! Pour le PLD, l’éducation alimentaire constitue « le fondement du développement intellectuel, moral et physique », et il est du « devoir de chaque citoyen » de « s’efforcer de garder des habitudes alimentaires saines tout au long de son existence ».
Parler du déclin de l’éducation alimentaire au Japon pourrait sembler quelque peu incongru à nous autres Français, pour qui l’alimentation japonaise apparaît comme l’une des plus saines au monde. Mais détrompez-vous : il n’en est rien ! La nourriture japonaise traditionnelle, certes, est extrêmement saine : poisson, riz, algues, légumes… Rien à redire à cela. Mais ce que les Japonais mangent aujourd’hui n’y ressemble pas vraiment.
Le premier repas que j’ai pris lors de mon tout premier séjour au Japon était celui d’un restaurant universitaire. Vous me direz, les RU ne sont jamais à la pointe de la gastronomie ! Peut-être, mais ce qui m’interpella ce jour-la, c’était moins le goût que le choix des plats proposés.
Je n’avais jamais vu autant de friture ! Poulet frit (kara-age), croquettes de poisson, croquettes de légumes (korokke), porc pané (tonkatsu), poulet pané (chicken katsu), et j’en passe. Ce jour-la, je commandai un plat de pâtes. Il était servi avec une cuillerée de petits pois.
C’était le plat le plus riche en légumes ce jour-là …
Vous me direz que le RU est un mauvais exemple. Certes. Rendons-nous donc dans un supermarché, dans le but d’acheter un bento, une boîte repas. Cherchons en un ne contenant aucune croquette, aucun truc frit, pas une seule trace de panure. Eh bien… il n’y en a pas. Ou plutôt, si, il y a les sushi. Mais chacun sait que tous les Japonais ne se nourrissent pas quotidiennement de poisson cru… Pour ma part, j’ai très rapidement renoncé à acheter tous les jours un bento pour le repas de midi, effrayée par la quantité d’huile de friture que j’aurais absorbée à la longue. Mais ma collègue de travail, elle, ne s’en lasse pas : tous les jours dans son bento, on trouve des petites croquettes frites surgelées, délicatement arrangées dans la boîte par sa maman (ma collègue a 27 ans…).
Comme en France, au Japon les produits les moins chers sont aussi les plus mauvais pour la santé.
Lors de mon dernier séjour à Tokyo, voulant manger pour pas cher, j’avais le choix entre les bento garnis de friture ou la version restaurant : le bol de riz garni de porc pané et d’omelette. Je n’ose même pas imaginer l’addition nutritionnelle d’un truc pareil ! Vous me direz, une fois de temps en temps, ça va. Bien entendu. C’est même délicieux, pour tout vous dire. Cependant, il faut garder en tête que les Japonais mangent de plus en plus souvent à leur travail (bento) ou à l’extérieur (restaurants et fast-foods), et multiplient donc les occasions de consommer ce genre de choses.
J’étais tout aussi effarée un jour en buvant mon café noir chez Starbuck’s, la chaîne de cafés américains la mieux implantée au Japon. Mis à part mon café noir et le thé, toutes les boissons contenaient une bonne dose de crème Chantilly et de sucres en tous genres, et remportaient un franc succès auprès de la clientèle. Mais comment font-elles pour garder la ligne en mangeant comme ça ?, me demandez-vous. Réponse : elles ne la gardent pas longtemps. En effet, l’obésité est devenue un problème sérieux au Japon depuis déjà quelques années. Je ne connais pas de chiffres exacts, mais je le constate tous les jours dans la rue.
Au Japon comme ailleurs, par les temps qui courent, on souligne de plus en plus souvent le caractère anomique (sans normes) de l’alimentation : petits-déjeuners sautés, repas en solitaire ou individualisés qui se multiplient, tout comme les fast-foods et le nombre de repas pris hors foyer.
La constatation est la même en France, à ceci près que l’individualisation des repas me paraît encore plus grande au Japon. Chez mes amies japonaises qui vivent encore avec leurs parents (même après 25 ans, ici, c’est très courant), tout le monde mange à une heure différente (le père en rentrant du travail, la mère et la fille quand ça leur chante, mais très rarement ensemble) et bien souvent des plats différents. En France, malgré ses déboires, le repas du soir en famille reste tout de même une institution dans bon nombres de foyers, ce qui permet de maintenir et de transmettre un minimum cette fameuse « éducation alimentaire », chose que l’on ne retrouve pas au Japon.
La loi sur l’éducation alimentaire vise à mettre en avant la nourriture traditionnelle trop souvent négligée au profit des nourritures actuelles, ainsi que les traditions locales.
Tout cela part donc d’un très bon sentiment, mais fallait-il une loi pour cela ?
Oui et non. On peut en effet estimer que l’alimentation est avant tout affaire de goût et que les lois n’ont rien à faire là -dedans. Une loi sert en effet à fixer des règles minimales devant être respectées par tous les citoyens sous peine de désordre social. Mais cela s’applique-t-il aussi à l’alimentation ?
En même temps, cette loi semble avant tout une affaire de bon sens, entendez par la de sens moral. Elle suggère que les collectivités locales mettent en place « des occasions, telles que des cours de cuisine, d’apprécier la nourriture tout en apprenant les bonnes façons de manger ». Les « bonnes » façons de manger ? Mais quelles sont-elles ? Pour le Japon, la réponse est : l’alimentation traditionnelle et locale, une sorte de retour aux sources et au terroir régénératrice.
La France n’a pas eu besoin d’une loi pour faire le même constat ; le succès des produits bio et terroir est là pour le confirmer. Les Japonais, eux, devront-ils ajouter les « bonnes façons de manger » à leur longue liste de devoirs de citoyens pour le comprendre ?