Ah ! Les vertes prairies japonaises, le bon air pur qui s’engouffre par la fenêtre de la voiture ouverte et le vent qui décoiffe… Quel bonheur de se retrouver un peu à la montagne !
Pour une Savoyarde comme moi, c’est un rituel vivifiant et quasi-sacré que de me rendre en montagne pour respirer un peu d’air pur et me promener.
En revanche, ce que j’ai appris ici, c’est que la montagne nippone est bien différente de celle de Savoie, et que j’allais devoir m’y habituer. En effet, les montagnes au Japon sont équipées : des bus vous emmènent presque jusqu’au sommet, il y a des parkings, des toilettes et des magasins de souvenirs. On s’habitue à tout, me direz-vous. Certes.Ce samedi-là , c’est une amie japonaise qui nous avait proposé, à Ludo et moi, d’aller « visiter une ferme dans la montagne ».
En quelques instants, j’avais accepté, enfilé mes chaussures de rando et mon sac-a-dos, prête à aller voir les vaches et priant pour que le fermier ait du bon fromage (denrée si rare sur notre île…) !
Quelle ne fut pas ma stupéfaction en arrivant à ladite « ferme ».
Un employé en costume nous attendait à l’entrée pour nous guider sur le parking et nous donner des prospectus. A peine descendus de la voiture, la petite musique du tyrolien retentit à nos oreilles : « troulalaiouiou », très « Heidi, le retour ». Et devant la « ferme », en guise de vaches, un troupeau de Japonais en train de manger de la crème glacee à la petite cuillère.
C’était la ferme la plus propre que j’aie jamais vue. Il faut dire que les animaux, peu nombreux, étaient parqués dans de jolis enclos à une bonne centaine de mètres de la « ferme », elle-même composée de plusieurs restaurants et magasins.
Bref, rien à voir avec l’idée que je me faisais d’une ferme (des vaches, des poules, du lait cru et du fromage qui sent très fort). Celle-ci était complètement asseptisée, d’une propreté immaculée, et sa production quasi industrielle, sans aucun charme. Voyez plutôt :
Puisqu’on est dans une ferme, la plupart des produits se doivent d’être à base de lait de vache. Le plus populaire, après la crème glacée (les Japonais sont fondus de crème glacée), c’est le cheese cake. Version choco ou nature.
Viennent ensuite les biscuits de toutes sortes, les cakes, les gâteaux, et bien sur le fromage. Là , par contre, en lisant l’étiquette, je me suis aperçue qu’il venait d’Hokkaido. Pas vraiment la porte à côté… Enfin bref.
Ci-dessus : des mochi (gâteaux de riz gluant) au chocolat blanc et au chocolat noir. Pas mauvais, mais je trouve que ca fait pas vraiment produit de la ferme ! Enfin, il faut vraiment que je me fasse à l’idée : le concept de « ferme » n’est pas le
meme en France et au Japon. Il va falloir que j’imprime !La visite de la « ferme » achevée (sans aucun achat), notre amie japonaise nous guida ensuite quelques centaines de mètres plus loin, avec des étoiles dans les yeux et un sourire malicieux, qui disaient : « sofuto kurimu » (déformation de l’anglais « soft cream »). Allez savoir pourquoi, les Japonais A-DO-RENT la crème glacée au lait. Ils la déclinent à tous les parfums : aux fleurs (la tulipe a vraiment la cote), au sesame, au citron vert (spécialité locale), etc. Si bien que dès que vous vous rendez dans un lieu un peu reculé, pour voir des cascades ou vous promener en montagne, vous pouvez être certain de tomber sur un stand de sofuto kurimu en chemin.
Ce jour-la, notre amie avait envie de nous faire goûter cette glace :
Sa couleur orangée vous évoque quelque chose ? C’était une glace au lait et à la carotte.
La vendeuse nous vanta tous les mérites du carotène, et nous décidâmes d’en faire notre repas de midi. Ma foi, elle n’était pas mauvaise du tout, pas trop sucrée ni écoeurante. Ca m’a un peu consolée de ma déconfiture à la « ferme »…Du coup je suis repartie avec un paquet de cookies à la myrtilles à offrir à des amies :
Et avec ces petites choses très bizarres :
A votre avis, qu’est-ce que ça peut bien être ?
Un indice : c’est salé et c’est on ne peut plus japonais.
Je vous laisse chercher !
En mars dernier est paru dans l’hebdomadaire Courrier International un article très intéressant concernant la nouvelle Loi d’orientation de « l’éducation alimentaire » japonaise (shokuiku). Cette proposition de loi, qui propose d’ »éduquer les citoyens pour les rendre capables d’adopter des pratiques alimentaires saines », fait actuellement débat. »L’alimentation est la base de la vie. Nous vivons dans une societe où cette évidence est de moins en moins respectée », déplore le Parti Liberal-Democrate (PLD) au pouvoir. « Le but de la loi est de provoquer une prise de conscience révolutionnaire ». Rien que ça ! Pour le PLD, l’éducation alimentaire constitue « le fondement du développement intellectuel, moral et physique », et il est du « devoir de chaque citoyen » de « s’efforcer de garder des habitudes alimentaires saines tout au long de son existence ».
Parler du déclin de l’éducation alimentaire au Japon pourrait sembler quelque peu incongru à nous autres Français, pour qui l’alimentation japonaise apparaît comme l’une des plus saines au monde. Mais détrompez-vous : il n’en est rien ! La nourriture japonaise traditionnelle, certes, est extrêmement saine : poisson, riz, algues, légumes… Rien à redire à cela. Mais ce que les Japonais mangent aujourd’hui n’y ressemble pas vraiment.
Le premier repas que j’ai pris lors de mon tout premier séjour au Japon était celui d’un restaurant universitaire. Vous me direz, les RU ne sont jamais à la pointe de la gastronomie ! Peut-être, mais ce qui m’interpella ce jour-la, c’était moins le goût que le choix des plats proposés.
Je n’avais jamais vu autant de friture ! Poulet frit (kara-age), croquettes de poisson, croquettes de légumes (korokke), porc pané (tonkatsu), poulet pané (chicken katsu), et j’en passe. Ce jour-la, je commandai un plat de pâtes. Il était servi avec une cuillerée de petits pois.
C’était le plat le plus riche en légumes ce jour-là …
Vous me direz que le RU est un mauvais exemple. Certes. Rendons-nous donc dans un supermarché, dans le but d’acheter un bento, une boîte repas. Cherchons en un ne contenant aucune croquette, aucun truc frit, pas une seule trace de panure. Eh bien… il n’y en a pas. Ou plutôt, si, il y a les sushi. Mais chacun sait que tous les Japonais ne se nourrissent pas quotidiennement de poisson cru… Pour ma part, j’ai très rapidement renoncé à acheter tous les jours un bento pour le repas de midi, effrayée par la quantité d’huile de friture que j’aurais absorbée à la longue. Mais ma collègue de travail, elle, ne s’en lasse pas : tous les jours dans son bento, on trouve des petites croquettes frites surgelées, délicatement arrangées dans la boîte par sa maman (ma collègue a 27 ans…).
Comme en France, au Japon les produits les moins chers sont aussi les plus mauvais pour la santé.
Lors de mon dernier séjour à Tokyo, voulant manger pour pas cher, j’avais le choix entre les bento garnis de friture ou la version restaurant : le bol de riz garni de porc pané et d’omelette. Je n’ose même pas imaginer l’addition nutritionnelle d’un truc pareil ! Vous me direz, une fois de temps en temps, ça va. Bien entendu. C’est même délicieux, pour tout vous dire. Cependant, il faut garder en tête que les Japonais mangent de plus en plus souvent à leur travail (bento) ou à l’extérieur (restaurants et fast-foods), et multiplient donc les occasions de consommer ce genre de choses.
J’étais tout aussi effarée un jour en buvant mon café noir chez Starbuck’s, la chaîne de cafés américains la mieux implantée au Japon. Mis à part mon café noir et le thé, toutes les boissons contenaient une bonne dose de crème Chantilly et de sucres en tous genres, et remportaient un franc succès auprès de la clientèle. Mais comment font-elles pour garder la ligne en mangeant comme ça ?, me demandez-vous. Réponse : elles ne la gardent pas longtemps. En effet, l’obésité est devenue un problème sérieux au Japon depuis déjà quelques années. Je ne connais pas de chiffres exacts, mais je le constate tous les jours dans la rue.
Au Japon comme ailleurs, par les temps qui courent, on souligne de plus en plus souvent le caractère anomique (sans normes) de l’alimentation : petits-déjeuners sautés, repas en solitaire ou individualisés qui se multiplient, tout comme les fast-foods et le nombre de repas pris hors foyer.
La constatation est la même en France, à ceci près que l’individualisation des repas me paraît encore plus grande au Japon. Chez mes amies japonaises qui vivent encore avec leurs parents (même après 25 ans, ici, c’est très courant), tout le monde mange à une heure différente (le père en rentrant du travail, la mère et la fille quand ça leur chante, mais très rarement ensemble) et bien souvent des plats différents. En France, malgré ses déboires, le repas du soir en famille reste tout de même une institution dans bon nombres de foyers, ce qui permet de maintenir et de transmettre un minimum cette fameuse « éducation alimentaire », chose que l’on ne retrouve pas au Japon.
La loi sur l’éducation alimentaire vise à mettre en avant la nourriture traditionnelle trop souvent négligée au profit des nourritures actuelles, ainsi que les traditions locales.
Tout cela part donc d’un très bon sentiment, mais fallait-il une loi pour cela ?
Oui et non. On peut en effet estimer que l’alimentation est avant tout affaire de goût et que les lois n’ont rien à faire là -dedans. Une loi sert en effet à fixer des règles minimales devant être respectées par tous les citoyens sous peine de désordre social. Mais cela s’applique-t-il aussi à l’alimentation ?
En même temps, cette loi semble avant tout une affaire de bon sens, entendez par la de sens moral. Elle suggère que les collectivités locales mettent en place « des occasions, telles que des cours de cuisine, d’apprécier la nourriture tout en apprenant les bonnes façons de manger ». Les « bonnes » façons de manger ? Mais quelles sont-elles ? Pour le Japon, la réponse est : l’alimentation traditionnelle et locale, une sorte de retour aux sources et au terroir régénératrice.
La France n’a pas eu besoin d’une loi pour faire le même constat ; le succès des produits bio et terroir est là pour le confirmer. Les Japonais, eux, devront-ils ajouter les « bonnes façons de manger » à leur longue liste de devoirs de citoyens pour le comprendre ?
Au Japon, la fête des mères tombe le 8 mai, comme aux Etats-Unis. Décidant de suivre les traditions locales, et aussi parce que l’occasion s’y prêtait ce jour-là , Ludo et moi avons décidé d’envoyer à nos mamans respectives des petites douceurs japonaises. Celles de Ludo ont mis une semaine à arriver, et les miennes… trois ! Du coup elles sont arrivées légèrement périmées mais encore mangeables… Ouf !J’avais choisi des mochis (gâteaux de riz) au thé vert, avec une fine pellicule de chocolat autour, et Ludo a opté pour la version à la fraise.
Si vous avez cliqué sur les photos pour les agrandir, vous avez dû remarquer que les mots sur le paquet étaient écrits en Français. En effet, il est très courant au Japon de trouver des mots en Français sur la nourriture, mais aussi sur les vêtements ou les enseignes des magasins. Souvent, les mots choisis n’ont pas grand-chose à voir avec le produit, et la grammaire est chancelante, mais en général ça nous fait toujours bien rire.
Florilège : - la pâtisserie « Chantilly de or » (allez ouste, dehors la Chantilly !)
- les paquets de chocolat : « Chocolat de M » (de… quoi ?), « Truffe gâteau » ou encore « Petit chocolat boîte »
- le vin : « Mon Frère » (c’est vrai quoi, un bon vin, c’est comme un frère!), ou encore « Bon Vin » (ça va sans dire mais ça va mieux en le disant, n’est-ce pas ?).
- et je passe sur les marques de vêtements (« Lui Chantant »), les mouchoirs (« Sentiment précieux avec la gentillesse et le coeur compâtissant »… ????), les hôtels (« Hôtel Crevette ») et les accessoires de papèterie immatriculés « Il faut mettre le courrier à la poste. Le courrier est arrivé ».
Tout cela est bien mignon (sauf le « Chocolat de M » !), et part d’un bon sentiment (« La France est à la mode – si on met du Français sur nos produits ça se vendra plus vite »). Bref, après toutes ces digressions, j’en reviens à l’essentiel : BONNE FETE MA MAMAN QUE J’AIME !
Aujourd’hui, j’ai craqué pour le dernier Elle à table, version japonaise. Lectrice occasionnelle de ce magazine en France, j’ai eu envie de l’essayer ici. Je trouve les recettes souvent originales, et surtout je craque pour les photos ! Les recettes de la version japonaise semblent particulièrement soignées esthétiquement parlant. En tout cas, j’aime bien voir les caractères nippons s’afficher sous le titre en français, je trouve ça très classe !
Ce mois-ci dans le Elle à table nippon, la cuisine franco-japonaise est à l’honneur. Comme la France est très tendance au Japon, la cuisine française est particulièrement valorisée et souvent très bien revisitée. L’occasion pour moi de dégaîner mes casseroles ! J’espère pouvoir vous présenter ces belles recettes ici-même très bientôt.
A suivre, donc !
Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je vais vous présenter une institution japonaise.
Laquelle, me demandez-vous ? Le parlement, la diète ?
L’école publique ? Eh bien non, rien de tout cela. Aujourd’hui, je vais vous présenter les yatai !
Les yatai, acte I : le contexte.
Vous marchez au bord d’une rivière, dans une ville japonaise surpeuplée.
C’est la nuit, les lumières de la ville éclairent votre chemin.
Soudain, vous apercevez au loin une lanterne rouge, signe qu’il existe non loin d’ici de bonnes choses à manger…
Vous vous rapprochez du brouhaha et des effluves de bouillon qui vous attirent irrésistiblement, pour vous retrouver nez à nez avec un enchevêtrement de barraques en bois qui semblent dater du Moyen-Age.
Sans même le savoir, vous venez de découvrir le quartier des yatai.
Les yatai, acte II : la règle du jeu.
Les yatai sont des baraquements montés le soir et démontés le matin par leurs propriétaires, des cuistots hors la loi. En effet, les yatai sont illégaux : un peu comme les paillotes, ils n’ont aucun droit de s’installer sur les trottoirs, ni aucun droit de servir la popote à des clients, les règles d’hygiène de base de la restauration n’étant pas respectables dans de telles conditions. Cependant, ils ont beau être illégaux, ils n’en demeurent pas moins, dirons-nous, tolérés.
L’interdit toléré est une règle courante en ce qui concerne la restauration au Japon. Ainsi en va-t-il du fugu, le poisson-lune qui contient le poison le plus mortel du monde. Mais le fugu, préparé par un expert es sashimi, est un délice très prisé des gastronomes nippons. Compte tenu du danger que sa consommation représente (un mauvais coup de couteau du chef suffirait à tuer tout les clients du restaurant), le fugu est interdit. Mais il est généreusement « toléré » dans certaines villes du Japon, comme le prouvent les nombreuses enseignes sous lesquelles des dizaines de clients attendent pendant des heures de pouvoir goûter à ce poisson si délicieusement dangereux.
Les yatai sont donc tolérés, à condition d’apparaître à la tombée de la nuit et de disparaître avant le lever du soleil. Pour ce qui est du « loyer », les marchands s’arrangent avec les yakusa, la mafia locale, qui les laisseront tranquilles pourvu qu’ils aient payé leur dû.
Manger dans un yatai, pour un Japonais, est une pratique transgressive et en même temps très banale. En effet, les marchands de rue ont toujours été là , depuis la nuit des temps, et ils font partie du folklore local. Leur clientèle est majoritairement masculine (les salarymen qui rentrent du travail, très tard le soir), et l’alcool coule à flots entre deux slurps de râmen (la soupe aux nouilles la plus courante des yatai).
Dans les yatai, on parle le patois local, au coude à coude avec ses camarades de gamelle, assis sur des caisses en bois. Pas de manières ni de chichis, les demoiselles peuvent passer leur chemin !
Les yatai, acte III : ce qu’on y mange.
Si la foule noctambule se presse dans ces échoppes, ce n’est pas seulement parce que c’est pratique, c’est aussi parce que c’est bon. Les règles d’hygiène ont beau être scrupuleusement bafouées, on dit que c’est là que l’on mange la meilleure cuisine japonaise, celle qui a le goût puissant du miso et des saveurs nippones les plus recherchées. Les spécialités les plus répandues sont les râmen (nouilles chinoises servies dans un bouillon gras très relevé, dans lequel flottent une tranche de porc et quelques feuilles de chou), les sushis et sashimis (du poisson cru savamment découpé), ou encore la tempura (friture très légère de fruits de mer et de légumes).
Je n’ai jamais osé m’aventurer dans un yatai, d’abord parce que la fréquentation ne m’apparaissait pas comme très accueillante, et ensuite parce que je savais que, étant étrangère, on tenterait de me rouler en me faisant payer un prix d’or (les prix ne sont pas affichés, en général, c’est un peu à la tête du client).
Je me suis donc contentée de regarder, de sentir, et d’apprécier l’ambiance des yatai. Une atmosphère moyen-âgeuse, surprenante quand on sort à peine de la ville, encore aveuglé par ses lumières et toutes ses musiques artificielles.
Le vrai Japon : entre tradition et modernité.
Hier a été annoncée la nouvelle édition de Blog Appétît, l’événement qui réunit autour d’une même date bloggeurs et bloggeuses autour d’une recette de leur cru élaborée à partir de deux ingrédients. Cette fois-ci, il s’agit de la rhubarbe et de la fraise.
Pour la première édition (coquilles St Jacques et poireaux), mon blog n’était pas encore né, et pour la deuxième il fallait cuisiner autour de l’agneau et des petits pois, deux denrées rares au Japon (surtout l’agneau, les petits pois se contentant d’être très chers), qui se heurtaient par ailleurs à mon âme de pas-vraiment-végétarienne-mais-un-peu.
Mais cette fois-ci, des fraises et de la rhubarbe ! C’était parfait ! Je mis immédiatement mon cerveau culinaire en ébullition et une recette me vint immédiatement à l’esprit : parfaite, jolie, japonaise et harmonieuse, j’étais toute heureuse à l’idée de me lancer, quand soudain… un doute me vint… est-ce qu’on trouve de la rhubarbe au Japon ? Je ne m’étais jamais posé la question auparavant, n’en ayant jamais vu en évidence dans les rayons, et je n’avais jamais cherché… Je décidai donc de partir en quête de la tige sacrée dans les supermarchés et les grands magasins de la ville.
Vous devinez ? Nada. Rien. Pas trace de rhubarbe…
Tiens ! Mais que vois-je ? Et ça, alors, ça n’en serait pas ?
On dirait des tiges de rhubarbe ultra fines, elles en ont vraiment la couleur (verteet un peu rose au bout) et l’apparence (avec tous les fils quidépassent). Allez, j’achète, pour voir !
Arrivée à la maison, j’épluche, je goûte… Ben non. C’est fade, ça a un goût de légume triste, aucune acidité, aucune amertume… Ce n’est pas de larhubarbe. Sniff ! Mes espoirs de participer à Blog Appétît s’écroulentles uns après les autres…
Même l’option « dernier recours » que j’avais prévu : la compote de rhubarbe Bonne Maman. J’ai vu qu’on en vendait dans un grand magasin très chic le mois dernier. Manque de pot (c’est le cas de le dire !), elle vient d’être remplacée par les parfums pêche et abricot ! Abattue, j’abdique… et j’attends la prochaine édition de Blog Appétît !
PS : mais quand même, je garde ma recette secrète… On sait jamais, des fois que de la rhubarbe apparaisse par miracle sur les étals nippons !
Les 3 et 4 mai, tous les ans, à l’occasion de la Golden Week (suite dejours fériés au Japon) a lieu à Fukuoka le festival Dontaku, ou Dontaku matsuri.Le mot « dontaku » viendrait du hollandais « zontag », signifiant jour férié (les Japonais aiment importer des mots étrangers, et spécialement depuis la Hollande ou le Portugal, leurs grands amis depuis toujours).
Quant au mot « matsuri », il signifie « festival » ou encore « carnaval », au sens 100% japonais du terme. Lors du matsuri, tout est permis : manger à volonté, danser jusqu’au matin, jouer comme des enfants, et chanter des chansons paillardes. C’est le moment ou jamais, pour les Japonais bien souvent opressés par leurs nombreuses obligations, de laisser ses inhibitions et ses devoirs au placard, pour enfin, se laisser aller.
Chaque matsuri a un thème, et celui du Dontaku c’est le carnaval populaire.
N’importe qui est libre de participer en se déguisant ou en montrant ses talents. Cette année encore à Fukuoka, plus de 2 millions de visiteurs se pressaient dans les échoppes et dans les tribunes du défilé où plus de 20 000 personnes dansaient et chantaient. Le mot est faible, c’était énorme !
Et c’était en outre une excellente occasion pour moi de vous montrer les petits délices du matsuri.Car un matsuri, c’est…
Beaucoup de couleurs, de danse, de costumes et d’enthousiasme…
Mais aussi, de quoi s’amuser en pêchant par exemple des petits poissons rouges et blancs ou encore des anguilles (grillées et dévorées sur place !).
Et surtout : à manger !
Les trottoirs de la ville étaient annexés sur des kilomètres et des kilomètres par les échoppes des marchands ambulants qui vendaient leurs douceurs sucrées ou salées (ou les deux, bien souvent).
Ikayaki : poulpe grillé avec une sauce sucrée salée. A manger à l’aide du bâtonnet (pas facile !).
Takoyaki : pieuvre grillée puis cuite dans une sorte de pâte à crêpe (qui contient du dashi, du bouillon d’algues). Recouvertes de mayonnaise, de sauce à base de ketchup et de sauce d’huites et de flocons de bonite séchés, ces boulettes ne sont pas vraiment un en-cas diététique, mais qu’est-ce que c’est bon !
Pommes d’amour Hello Kitty et yakimochi, les fameux gâteaux de riz grillés, fourrés au « anko », purée de haricots rouges sucrée.
Taiyaki : gauffre en forme de petit poisson fourrée, selon vos désirs, à la pâte de haricots rouges ou blancs sucrée, à la crème Custard, à la tomate façon pizza, au curry, ou que sais-je encore…
Et jagabata, les patates cuites avec leur peau et mangées au beurre, tout simplement… Ou avec la mayonnaise, décidément la chouchou des japonais.
Jusqu’à la nuit tombée, nous nous sommes laissés charmer par l’atmosphère enivrante du matsuri, pour rentrer avec des couleurs plein la tête (et le ventre bien plein !).
Rapporter un souvenir de voyage qui se mange est devenu une de mes petites habitudes (tout ça pour pouvoir vous le montrer, il faut bien l’avouer !). Et ce, même quand le voyage ne dure qu’une journée, comme c’est souvent le cas.
Ainsi, samedi dernier, partie observer des chutes d’eau au sud d’Oita, je suis revenue avec un sac de gâteaux à la patate douce. Or, j’étais surprise de voir qu’ils portaient le nom de yakimochi.
En effet, les « mochis grillés » sont normalement des gâteaux de riz gluant grillés au four ou sur une grille. Or, ceux que j’ai achetés ne contenaient pas de riz mais de la patate douce (satsuma imo), de la farine de blé, des oeufs et un peu de sucre. S’il est vrai que leur forme ronde et dorée pouvait rappeler les yakimochi, leur goût en revanche n’avait rien à voir : très peu sucrés, ils ont la consistance un peu pâteuse et dense de la patate douce, et un petit goût de flan du fait de la présence des oeufs. Un délice très nourrissant, donc !
Pour la petite histoire, il existe une expression en Japonais : « yakimochi wo yaku », soit littéralement « griller des mochis », qui fait référence au procédé de fabrication mais qui possède également un sens figuré : « être jaloux ».
J’aime beaucoup l’image de la femme japonaise jalouse qui se met à griller rageusement tout plein de mochis pour éviter de s’acharner sur son pauvre mari !
Mais revenons-en à nos moutons, en l’occurrence notre patate douce. La consommation de ces patates douces grillées dans leur peau est très populaire au Japon. Pour preuve, les nombreux marchands qui en vendent à tous les coins de rue (« Elle est belle ma patate ! »). Mais les plus drôles, ce sont les marchands ambulants, comme celui qui passe tous les matins sous nos fenêtres dans son incroyable camion (avec un cheval en bois sur le toit !), en criant dans son haut-parleur : « Yakiiiiiiiiiiiiiii iiiiiimoooooooooooo » (patate grillée), « oishiiiiiiiiiiii, oishiiiiiiiiiiiiiii ! Yaki imo ha, oishii desu ! » (c’est délicieux, délicieux ! La patate douce grillée est délicieuse !). A force, Ludo, qui ne parle pas Japonais, connait même la rengaine par coeur.
Eh bien, vous me croirez si vous voulez, mais 5 minutes à peine après avoir acheté nos yakimochi à la patate douce, à côté de ces magnifiques chutes d’eau, à mille miles de tout lieu habité (à part le magasin de souvenirs), on entendit soudain au
loin la voix du monsieur Yakiimo. Ce n’était pas celui qui passe d’habitude sous nos fenêtres, mais un autre, qui nous a suivi tout le long de notre balade ce jour-là . Et quand on croyait en être débarrassés, on entendait alors au loin : « yakiiiiiiiiiiiiii iiiiiiiiiiiimooooooooooo » ! Mais qui pourrait vouloir manger une patate chaude sous 40 degrés à l’ombre, je vous le demande ?
En tout cas, pour lui rendre hommage et aussi pour vous faire bien rire, voici, vu de haut, notre vendeur de yakiimo local (cliquer dessus pour agrandir).