L’OCHA publie « La question alimentaire » (accès gratuit)
11 juin 2008 | Catégorie: lectures gourmandes
L’OCHA (Observatoire Cniel des Habitudes Alimentaires) vient de publier sur son site internet un document passionnant : « La question alimentaire ; Mondialisation, uniformisation, modernité du modèle alimentaire français ». Ce document d’une cinquantaine de pages, à feuilleter et à lire gratuitement, réunit la quintessence des études francophones en sociologie de l’alimentation, autour de nombreux thèmes comme : la modernité alimentaire, le rapport aux corps, l’alimentation des enfants et des adolescents…
Si ces sujets vous intéressent (et si vous êtes là, c’est certainement que cela vous intéresse au moins un peu !), je vous recommande sa lecture, et celle des ouvrages cités ci-dessous pour ceux qui veulent aller plus loin.
Voici, en résumé, quelques questions traitées dans ces travaux :
Obésité
L’OCHA a mené une étude multinationale sur plus de 7000 personnes pour analyser des données concernant l’obésité. Les conclusions montrent que la France et les Etats-Unis sont les deux pays les plus diamétralement opposés sur cette question. Leur différence consisterait d’ailleurs moins en un « retard à rattrapper » qu’en une question de pente : l’obésité augmente moins rapidement en France qu’ailleurs, et on constaterait presque une inversion de tendance dans notre pays. Comment l’explique-t-on ? En quelques mots, il s’agit d’abord de comparer notre culture (latine) à la culture anglo-saxonne. En France, on a tendance à manger toujours à la même heure, le plus souvent assis à une table, un vrai repas composé de trois items (entrée, plat, dessert). Le diner est le moment central de la vie de famille, et l’amour de la cuisine est bien présent. Il est d’ailleurs très intéressant de constater que l’obésité est moins importante dans les régions (Paris et sa région, Centre, Alpes, Sud-Est) et chez les individus où le fait de cuisiner est valorisé… Vive les blogs de cuisine
Pour aller plus loin :

Corps de femmes
D’après une autre étude, si 6 femmes sur 10 ont un poids considéré comme « normal », les 3/4 de ces mêmes femmes ne sont pourtant pas satisfaites de leur poids… Une femme sur deux est habituée aux régimes minceur et se voit dans un combat permanent contre les kilos, tandis que l’autre moitié est dans « une façon d’être naturelle ». Ces dernières ont d’ailleurs souvent grandi aux côtés d’une mère mince, aimant cuisiner et n’ayant jamais fait de régime…
Pour aller plus loin :

Corps de femmes sous influence, Cahiers de l’OCHA n°10,
dirigé par Annie Hubert
Il est également intéressant de constater comment, au fil des études, on passe d’un corps perçu comme un instrument (à nourrir avec des féculents, aliments les plus cités dans les années 1960) à un « corps réflexif », conscient de l’importance de l’équilibre alimentaire, que l’on nourrit en priorité avec les fruits et les légumes frais. Dans le même temps, la société tertiaire a pris le pas sur le travail physique…
Pour aller plus loin :

Manger aujourd’hui : Attitudes, normes et pratiques,
de Jean-Pierre Poulain
Pensée magique
On dit souvent que « l’on est ce que l’on mange »… Cela fait partie intégrante de la « pensée magique », caractéristique du jeune enfant comme des sociétés primitives, mais que nous pratiquons tous, sans forcément nous en rendre compte. Nous attribuons des qualités, positives ou négatives, réelles ou imaginaires, aux aliments que nous mangeons. Nous reportons également ce type de jugements moraux sur les personnes qui absorbent lesdits aliments… Ce mode de pensée s’accentue avec la distance qui nous sépare, aujourd’hui, de nos aliments, et les multiples crises/scandales alimentaires. « On ne sait plus ce qu’on mange… »
Pour aller plus loin :

Penser l’alimentation : entre imaginaire et rationalité,
de Jean-Pierre Poulain et Jean-Pierre Corbeau, chez Odile Jacob
Et aussi…
Mille et une bouches, de Sophie Bessis
L’homme, le mangeur, l’animal : qui nourrit l’autre ?, collectif
Faire la cuisine, Analyses pluridisciplinaires d’un nouvel espace de modernité, collectif (auquel j’ai participé)
Manger magique, de C. Fischler
Familles à table, de JC Kaufmann
Casseroles, amour et crise : ce que cuisiner veut dire, de JC Kaufmann
Sociologies de l’alimentation, de JP Poulain (ouvrage de base !)
L’Homnivore, de C. Fischler (un classique)





Très intéressant cet article.
Le document de l’OCHA est vraiment bien fait, je vais donc l’imprimer…
En plus de nous donner envie de cuisiner, tu nous aides à comprendre nos habitudes alimentaires… bravo…
Hey,
j’ai eu Jean-Pierre Corbeau comme professeur donc of course je connais OCHA… Corps de femmes sous influence a été un grand coup de pied au # quand je l’ai lu, I have been triggered by this book.
Merci pour l’info
bonjour
merci pour cette infoet pour ce resumé,
je crois que je lirais au fur et à mesure les cahiers,
c’est vraiment interessat de se poser parfois et de reflechir su le pourquoi? comment?……
nos rpresentations qui nous semblent être des vérités absolues…
quel blog passionnant!!!
bonne journée
Il faut que je lise cet article, le sujet m’intéresse beaucoup!
Je me passionne autant pour le contenu d’une assiette à « pourquoi » ce contenu!
Merci!
Très bonne initiative de laisser une revue de presse vers ce lien, j’y passerai mon après-midi ! Sinon, j’ai acquis tes « p’tites gamelles » pour l’anniv’ d’une amie qui se réjouira de te lire et de tester tes recettes. Bravo pour ton boulot et … bon app’. Liseron
La sociologue revient en force !
Les ouvrages de Fischler sont toujours très instructifs…
Très intéressant tout ce que tu nous dis là : cette question du corps de la femme, du corps « réflexif », du rapport à la cuisine également … Ce ne sont pas des questions que je me pose forcément mais le lien à la nourriture est effectivement quelque chose de passionnant, qui révèle beaucoup de choses. Bref … A lire quand j’aurai terminé mon mémoire ^^
Je vais tout de suite aller lire le document dont tu parles, ce domaine m’interesse beaucoup, c’est un peu le theme du master que je suis en train de faire…
–> Tu fais quoi comme Master ??
En première analyse, l’obésité augmente moins en France mais… elle augmente !!!
Cf lien Insee :
http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1123/ip1123.html
Alors quoi ? malbouffe, stress, sédentarité ? ça ne va pas aller en s’arrangeant ! Même moi qui aime cuisiner comme Clea (merci Claire !), je ne fais pas assez de vélo, rando, le c. devant mon PC… Arghhhh, on est foutu on mange trop etc.
Et pendant ce temps : crise alimentaire, dénutrition massive… cherchez l’erreur.
Allez, un ptit cookie matcha pour me remonter le moral… snif ! (tout est là, non ?)
–> Yvan,
Apparemment les toutes dernières études de l’Ocha montrent que la pente s’infléchirait presque (dans le bon sens). Le fait que les français soient attachés au repas en famille et à la cuisine, + une prise de conscience de l’importance de l’équilibre alimentaire (au moins dans les têtes si ce n’est dans les assiettes) pourrait permettre d’être un peu optimiste
C’est bizarre, ce matin j’ai entendu le contraire suite à une étude parue hier ou ce jour, par contre, je n’arrive pas à retrouver l’origine. Je vais souvent à la piscine et je suis toujours sidérée par le nombre d’enfants gros que je vois. Se nourrir correctement aujourd’hui est pour certains d’entre nous un luxe.
et en dessous de tout ces jolis mots, de la pub pour des régimes amaigrissants…. (oui je sais, tu n’y peux rien, et moi non plus….)!!
merci pour l’info, j’essaierai de lire ça quand j’aurai un petit moment de tranquilité
Merci pour ton dynamisme et l’effervescence qui anime ce blog !
Ces informations généreuses et ton enthousiasme à les partager sont un vrai stimulant.
Merci merci !!
Salut Cléa,
je n’ai pas trouvé ton adresse E-Mail pour te remercier entre 4 yeux alors je vais le faire le plus discrètement possible ici…
Merci pour ton p’tit mot d’hier chez moi et les jolies choses que tu racontes sur moi dans tes liens, je suis très touchée.
J’étais justement sur ton blog hier et je me trouvait ton billet avec ces conseils de lecture très intéressant mais tu sais comment on est quand on débute, on n’ose pas aller écrire chez les grandes… Alors merci pour tes gentils mots, maintenant je ferai moins la timide en passant par ici;)
À très bientôt,
Marion.
bonsoir,
comme d’habitude avec votre blog, j’apprends énormément de choses: je vais pouvoir compléter mes connaissances avec ces livres de sociologie
merci! et bravo! pour les p’tites gamelles bio
(alexandra Olejniczak, diététicienne sur St Maur des fosssés 94100)
Je suis aussi surprise que Bouton d’Or des résultats de cette enquête car il y a tout de même 20 millions de français en surpoids et beaucoup de jeunes sur une population de 60 millions d’habitants. Je trouve cela assez alarmant. Nous n’en sommes pas au point des américains certes, mais nous en prenons le chemin.
Je vois aussi tous les jours des enfants en surpoids alors qu’il y a 20 ans, ils étaient rares.
De plus je trouve que pour une enquête multinationale un panel de 7000 personnes me paraît bien peu pour en déduire de quelconques résultats.
Quant au fait qu’une nourriture équilibrée et saine ne soit pas à la portée de tout le monde : je ne suis pas tout à fait d’accord. Il existe une petite partie de la population française qui effectivement ne peut pas s’alimenter correctement mais quand je vois des émissions dans lesquelles des personnes en soit disant manque de moyens financiers ont dans leur placard des glaces de marque (que je ne citerai pas mais qui sont chères!), des pâtes à tartiner, des boissons gazeuses et j’en passe, je me dit qu’il y a vraiment un problème ! Evidemment avoir une nourriture saine demande un petit effort et suppose de ne pas se laisser influencer par la société de consommation et les publicités ! Et on trouve dans la nature quantité de plantes comestibles gratuites et délicieuses que nos ancêtres connaissaient et que nous avons oublié. Les gens ne savent plus simplement aller ramasser des fruits sauvages comme des mûres. Pourtant 100 % bénéfice : exercices physiques et plaisirs gustatifs !!!
Désolée si j’ai été un peu longue mais je voulais vraiment m’exprimer sur le sujet !
Merci Clea pour votre blog pleins d’idées très intéressantes. Je suis une lectrice très régulière !
–> Je pense qu’il faut faire attention à l’interprétation de ces résultats. Je ne parle pas de diminution de l’obésité mais de baisse de la pente, c’est-à-dire d’une augmentation moins rapide en ce moment qu’il y a quelques années.
Sinon c’est sûr, en matière d’éducation alimentaire, il y a encore beaucoup de travail à faire.
Tout très intéressant dans cette article…
Ouahou, je vois que quelqu’un a déjà cité l’étude de l’Insee, je n’en reviens pas !!!
Bon, je voulais te donner les références d’une autre étude que celle tirée de l’enquête Santé, celle sur l’enquête Emploi du temps, qui évoque justement la solidité des temps de repas, mais le site vient de changer et je n’y retrouve plus mes petits !
Voir Economie et Statistique n°400, de mai 2007, je crois :
http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?id=2016®_id=0
Je cite la conclusion du « chapô » : « l’organisation de la soirée des Français et la place du dîner en son sein demeurent très proches entre 1986 et 1998. Les comportements ont peu évolué. Contrairement à ce que supposent les discours sur la déstructuration des repas traditionnels, cette étude fait apparaître la grande stabilité de la séquence du dîner et l’importance du temps alimentaire aujourd’hui en France ». Une autre raison probable de la résistance à l’obésite en France…
Merci pour le lien vers le document de l’OCHA : je l’ai imprimé et lu, il est passionnant !